Chasse-au-trésor-littéraire-ng - LE FORUM

16 décembre 2018 : 21h15

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Chasse-au-trésor-littéraire-ng - LE FORUM

Auteur Sujet: Quand les chouettes chauvent, les ânes chauvissent et moi... j'ai déjà chauvi... un peu !  (Lu 347 fois)

*aCOSwt

  • Administrateur
  • Messages: 391
    • Métaphysique de puissance
Bonjour!

CHAUVIR est un verbe bien curieux.
Et d'abord car on ne sait pas dire ce qu'il signifie précisément.

- Le Dictionnaire de l'Académie nous dit qu'il s'agit de
« dresser les oreilles en parlant des chevaux, des ânes et des mulets »
- Grevisse s'en étonne dans le Bon Usage en notant que « les chevaux et les ânes ont les oreilles naturellement dressées. »
- Littré suit l'Académie dans son Dictionnaire de la langue française mais observera dans son supplément que quelques auteurs l'utilisent manifestement dans un sens inverse, celui de baisser ou plier.

Ce verbe apparaît pour la première fois à l'écrit dans un manuscrit du XIIIe siècle du cycle des fils Aymon (les quatre gugusses bien rangés sur le cheval ci-contre) et, comme il est habituel avec les chansons de geste, on n'en retrouvera pas d'autres qui narrent à l'identique.
Jugeant d'ailleurs avec Ferdinand Castets que, sur ce parchemin « la correction est moindre et que La vulgarité descend au grossier »  ::) , les éditions modernes du roman de Maugis se fonderont sur d'autres sources.

Comme il est tout de même beaucoup question de Bayard (le cheval) dans cette histoire, on peut néanmoins facilement établir quelques parallèles entres les différentes versions et, quand il est question de ses oreilles lire... dresser dans les uns et... cliner dans les autres...  :-X

On ne sait pas ce qu'il signifie ? La belle aubaine pour les poètes... Aragon l'utilisera au sens de... devenir chauve!  ;D

On ne sait donc plus du tout ce qu'il signifie mais ce n'est pas bien grave puisque... on ne sait pas non plus vraiment comment le conjuguer...  ???

Tahureau s'empare de chauvir dans ses Dialogues (« non moins profitables que facétieux ») avec un participe présent, chauvissant, ( «... les asnes en chauvissant des oreilles s'en moquent.» qui, s'il n'en dit pas plus sur le sens, marque au moins une possible appartenance au deuxième groupe de conjugaison.  :-\

Sauf que... « Car peu de gloire me semble accroistre à ceulx qui seulement y emploient leurs œilz, au demeurant y espargnent leurs forces : cèlent leurs escuz, cachent leur argent, se grattent la teste avecques un doigt, comme landorez desgoustez, baislent aux mousches comme Veaulx de disme, chauvent des aureilles comme asnes de Arcadie au chant des musiciens, & par mines en silence : signifient qu’ilz consentent à la prosopopée.»

Vous aurez évidemment reconnu Rabelais dans son style... rien qu'à lui et qui nous met une troisième personne du pluriel du présent de l'indicatif digne d'un verbe du premier groupe!  :-[

D'après Grevisse, c'est à cause de Rabelais si nos dictionnaires de référence conjuguent chauvir de façon assez hétéroclite...
(il chauvit mais ils chauvent pour le présent de l'indicatif et il chauvait pour l'imparfait)  ???
Grevisse et Bescherelle recommandant eux de conjuguer comme finir (Ils chauvissent, il chauvissait...)...

Quant à moi, à force de m'arracher les cheveux sur ce truc sans grand intérêt, j'ai déjà...  (remplacer les points de suspension) ;D
Non sunt multiplicanda entia sine necessitate!